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Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /Mars /2006 00:00
Il faut se quitter, sans doute à jamais. Aurèle se penche pour un dernier et chaste baiser. Son visage si proche, son odeur de femme. Le feu montant en langues lécheuses, impétueuses d’entre ses seins, le tam-tam assourdissant de son cœur. Son odeur est un sexe, qui le pénètre par les narines, le saisit brutalement aux entrailles pour le retenir prisonnier. Le charme, le philtre. L’envoutement. Et le Temps se bloque, l’horloge s’enraye. Leurs peaux se frôlent dans une minute qui s’étire comme un chat au soleil. Caresse joue contre joue, épiderme contre épiderme, chair et os frottés, interpénètrés jusqu’au noyau des cellules. Fusionnement. Les yeux fermés, les lèvres en papilles affamées trouvant le lobe de l’oreille et le gobant lentement. Oublieux des regards, ils se reniflent, se respirent, s’hument mucus, phéromones et parfums étroitement, érotiquement mêlés. Elle cherche sa bouche de la sienne brasier, la trouve, la goûte, jouit de sa suavité. Il lui a semblé l’entendre doucement gémir quand leurs langues se sont rencontrées, nouées, aimées. Prendre le temps, graver l’instant imprémédité pour affronter ensuite une éternité de regrets. Jouir encore un peu de l’unicité de ce baiser, car en cette seconde, lui comme elle, sait qu’il restera un instant, une fenêtre ouverte sur un possible interdit par trop de lâchetés. Il la serre à la briser, jusqu’au vertige, sa chair sous le tissu léger, tant de chair où écrire l’amour…
Le Temps alors reprends sa course folle et sans pitié. Pas un mot ne sera prononcé. Yeux d’or dans regard pervenche, lourds d’un amour inexprimé, soigneusement cadenassé. Empêché. Condamné dans un procès truqué. Leurs paumes une seconde s’épousent en silence, puis s’abandonnent. L’étoile monte dans le train et disparaît. Que s’est-il passé ? Rien. A peine une explosion. La naissance d’une galaxie. Un big bang qui va les consumer, jusqu’à ce que, peut-être, le manque soit plus grand, plus impérieux que le masque, les fanfreluches sociales et morales. Et qu’ils se rejoignent enfin…peut-être.
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Par Alex - Publié dans : perledepluiepeintre
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Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /Fév /2006 00:00
C’est au bout de mois épistolaires, de courriels ruisseaux devenus Nil blanc et bleu, qu’ils se sont rencontrés. Stella. L’étoile du sud. Et lui, Aurèle, l’insignifiant qui voulait exister. Par le verbe. Qu’il avait d’ailleurs haut et beau. On trouve souvent le diamant blotti à d’infâmes caillasses. Il n’était pas séduisant, elle était fort jolie, ils se rejoignaient dans le charme. Le philtre, l’extrait, au nom aussi imprononçable qu’une malédiction, ou pire, un envoutement. Ils avaient des vies bien organisées, impeccablement rangées dans des cases étiquettées. Femme, époux, enfants. Une route tracée dans l’immuable, l’usante tranquillité. Jusqu’à ce que la mort les sépare de tout.L’étoile pourtant ne voulait pas mourir bien qu’elle fut déjà dans l’effondrement et la gravité. Lui, se zombifiait lentement dans toute l’horreur de l’ennui matrimonial. Ils étaient tout deux des comédiens appliqués quand ils mourraient de n’être acteurs de leur propre destinée. Congrès. Un jour côte à côte. Et le charme, le philtre distillé et soufflé de l’un à l’autre, et de l’autre à l’un. Aurèle surveille chacun de ses gestes de peur. De faire celui qu’il craint et qu’il espère et qu’il fuit en même temps. Le geste qui déclencherait la tempête. Désir contre raison. Raison gardée façon cerbère, comme elle garde ses papillons de doigts dans ses poches vides, alors qu’elle voudrait tant chasser la mèche rebelle, qui s’obstine à tomber, là, sur son front à lui. A peine ose t’elle croiser ses yeux bleux, ces deux harpons d’azur tendre. Elle songe à la Vinca de Colette à cause des iris pervenche. Il n’est pas beau, il est mieux que ça, il est vivant. Mobile. Il pulse, et c’est son corps à elle qui le lui dit. Son corps qui ressent l’appel, l’irrésistible attraction. Si elle le touche, elle est perdue, satellisée à jamais. Elle va fondre, se liquéfier, être absorbée par sa chair. Lui, il sait qu’elle sait. Les mots entre eux sont d’importunes mouches diseuses de banalités. Alors, il la regarde, comme il n’a jamais rien regardé d’autre de son existence. Il la boit, s’en nourrit, fait des réserves d’elle pour les sinistres siècles de disette, l’ère glaciaire, qui suivront sa rencontre et son absence. Parce qu’il ne s’autoriseront pas. Rien, que le masque, encore et encore. La comédia d’ell arte, l’ignoble et pathétique bouffonnerie des apparences, le mou, le gras du confort plutôt que l’incendie et sa magnifique brûlure. Le comique jusqu’aux larmes à saigner, et puis à crever de mort très lente, kafkaienne, car les apparences sont folie. Elle rit, et mille soleils explosent dans la tête d’Aurèle. Stella, ses doubles étoiles d’or bruni animant son visage un peu pâle, la courbe de sa gorge, la courbe de sa taille, la courbe de ses hanches, la courbe de ses fesses. Stella est un astre plein d’hémisphères et de canyons fantastiques, où il doit faire bon s’égarer. Mais non, non, non. Voilà l’heure de la gare. Il l’accompagne. Chanson éternelle des amants muets : Reste…Viens !
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Par Alex - Publié dans : perledepluiepeintre
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